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Sous le sapin, les leçons de l'année 2022

Dernière mise à jour : 9 janv.

Tout au long de l’année 2022, à travers notre travail d’évaluation, d’engagement et de dialogue, puis grâce à la création du Swiss Boards for Agenda 2030 (SBA2030), B Lab Suisse a été au contact des entreprises suisses soucieuses de leur avenir et de notre futur commun, au plus près du tissu économique local.


De cette plongée dans le marché suisse, nous avons ramené quelques leçons et plusieurs pistes sur la façon dont les impératifs actuels influencent et modifient les pratiques, les modèles d’affaires dans notre pays — pour le meilleur plutôt que pour le pire.



À l’horizon : 2030


En mai 2022, B Lab Suisse a créé le SBA2030, une alliance de dirigeants et dirigeantes d’entreprises suisses soucieux·ses d’œuvrer pour promouvoir et accélérer la mise en application de l’Agenda 2030 (le plan d’action des Nations Unies pour créer un avenir respectueux de la terre et de ses populations). L’initiative SBA2030 a été co-initiée par Jonathan Normand, (fondateur et CEO de la Fondation B Lab Suisse) et d’André Hoffmann (Vice-président de Roche et Co-fondateur d’InTent). Elle réunit 50 entreprises actives dans 30 industries et regroupe 80 CEO et membres de conseils d’administration suisses.


Encore un énième groupe d’entreprises qui offrent au monde leurs vœux pieux pour un avenir radieux ?


Certainement pas ! Le principe du SBA2030 est d’offrir une aide concrète aux entreprises désireuses de mieux faire. Tout comme notre communauté B Corp, c’est une dynamique de transformation et de stimulation. Depuis le lancement de la coalition, nous avons pu soutenir les compagnies membres dans leur chemin vers des pratiques plus en accord avec leurs valeurs et leurs engagements ESG. Concrètement, cela représente des formations axées sur les points à améliorer que nous avons co-conduites avec l’IMD, un soutien dans la modification de leurs procédures de gouvernance (notamment le changement de statut pour prendre en compte les parties prenantes et la planète dans les processus de décision), et la mise en œuvre de plans d’action ESG autour des 17 objectifs de développement durable, avec des engagements ambitieux mais réalistes.

​ESG, Késako ? B Lab ?


ESG, c’est un acronyme qui regroupe l’Environnement, la Responsabilité Sociale et la Gouvernance. Il a été proposé par les Nations Unies en 2005 afin d’unifier le discours sur la responsabilité des entreprises en matière d’administration et d’investissement. Il s’agit d’un ensemble de critères d’évaluation des mécanismes de gouvernance des entreprises et de leur capacité à gérer leur impact environnemental et sociétal. L’idée est de promouvoir et de mesurer la performance des entreprises non seulement en termes purement économiques, mais également en termes de responsabilité, de transparence et de durabilité.


La fondation B Lab Suisse catalyse un mouvement en Suisse avec plus de 600 entreprises engagées à mesurer leur impact et prendre des actions pour répondre à l’urgence sociale et environnementale. Elle agit à cette fin en développant la certification B Corp, le programme Swiss Triple Impact, l’alliance Swiss Board for Agenda 2030 et les formations B Leaders. Avec ses partenaires, B Lab Suisse publie des guides des bonnes pratiques ou encore dernièrement le Sustainable Leadership Barometer qui permet d’évaluer les skills des leaders qui conduiront les changements pour une infrastructure de marché équitable, inclusive et régénérative.

Développer et activer un réseau tel que le SBA2030 nous a offert une vue privilégiée sur les défis auxquels font face les entreprises suisses qui s’engagent pour leurs partenaires et l’environnement. En offrant notre aide et notre expertise aux organisations impliquées, nous avons pu être témoins de la façon dont elles repensent leur structure, leur culture et leur engagement, pour transformer le monde des affaires et participer à la création de nouvelles normes pour une économie du 21e siècle respectueuse, stable et prospère.


Redonner son importance à la gouvernance


Depuis quelques années, la notion d’ESG trouve de plus en plus sa place dans l’appréciation des résultats d’une entreprise. Les investisseurs institutionnels, les conseils d’administration et les marchés boursiers s’intéressent de près au lien entre la performance des entreprises et leur façon de gérer les facteurs de risques ESG.


Cependant, l’accent est souvent mis sur les aspects sociaux et environnementaux des critères ESG, au détriment parfois d’une vision d’ensemble, qui permettrait de mettre en lumière la complexité des impacts du monde des affaires sur son environnement.


S’il est bon d’aborder les questions de diversité au sein des conseils d’administration, et de s’inquiéter des infrastructures de qualité, il faut aussi aller plus loin. Nous devons saisir l’opportunité de construire une vraie culture éthique et intègre, une approche globale respectueuse et consciente qui nous permette d’avoir un impact plus large sur les défis sociétaux critiques qui nous attendent. Cette approche doit prendre en compte l’interdépendance entre les différents aspects de la gouvernance d’entreprise : légal, ESG, durabilité, humain, culture - et bien évidemment aussi inclusion, diversité et égalité.


Dans ce cadre, la gouvernance d’entreprise prend une importance de plus en plus grande. Il est essentiel de s’intéresser au « G » de ESG si l’on souhaite établir et implémenter un agenda d’intégrité cohérent, qui incarne les valeurs d’une société et prenne en compte ses obligations réglementaires ainsi que ses engagements volontaires. Sans une gouvernance stable et solide, il n’est pas possible de mettre en place une stratégie cohérente et de réaliser ses engagements environnementaux et sociaux.


Mais comment s’y prendre pour incarner une gouvernance efficace et éthique ?


Sortir du tunnel, envisager tout l’horizon


Il ne suffit plus aujourd’hui de se prémunir des risques légaux et des risques réputationnels de manière isolée. Les attitudes ont changé, et on attend des entreprises qu’elles proposent une vision globale, cohérente et unifiée d’un commerce éthique et responsable. Cette vision, c’est au niveau de la gouvernance qu’elle se forme et se concrétise.


Pour éviter une vision en tunnel qui ignore tout un horizon, il est nécessaire de dépasser les divisions départementales traditionnelles. Il faut créer des rapprochements intentionnels et encourager la collaboration entre les différentes fonctions critiques, y compris l’ESG et la durabilité, les affaires publiques, la gestion des risques, l’éthique et la conformité.


Ce genre d’approche globale, plus stratégique et coordonnée, est également essentielle pour répondre aux soupçons d’écoblanchiment (greenwashing) et de vœux pieux (greenwishing), car elle permet de sélectionner puis mettre en avant des engagements clairs et mesurables.


(Re) Devenir partenaires


Un autre enjeu majeur est le passage d’une économie centrée sur les actionnaires à une économie qui considère toutes les parties prenantes: des communautés locales aux fournisseurs, en passant par les employé·e·s et la planète elle-même. Il ne s’agit plus seulement de dégager des bénéfices pour des actionnaires anonymes, mais aussi de rendre des comptes à tous ceux et celles qui peuvent être impacté·e·s par l’activité de l’entreprise.


Ce changement est encore en mouvement. La prise en compte des différents partenaires dans l’administration d’une compagnie reste un exercice d’équilibre essentiel mais délicat. Dans ce cadre, le mouvement B Corp et les initiatives similaires sont déterminants pour accompagner le monde des affaires dans sa transformation. Un signe positif ? Un nombre croissant d’entreprises s’intéressent à notre expertise et souhaitent faire leur part de façon authentique et efficace.


Face au public, l’authenticité


À travers le SBA2030, nous avons également pu constater la pression et la surveillance publique constante que connaissent désormais les entreprises. La montée de l’activisme politique, au sein du public comme chez les employé·e·s eux-mêmes, a accru les pressions que subissent les entreprises (quels que soient leur culture et leur horizon) pour adopter et démontrer des pratiques respectueuses de l’environnement, de leurs communautés et de leurs employé·e·s.


L’opinion publique ne tolère plus la corruption et le profit à n’importe quel prix. Elle exige la justice sociale et environnementale, l’équité et l’égalité. Les normes et les valeurs ont évolué avec les générations, et les jeunes employé·e·s ont des attentes parfois radicalement différentes de celles de leurs prédécesseurs.


À la montée des critères ESG répond en outre une inquiétude légitime chez le grand public, qui craint l’écoblanchiment autant que les vœux pieux qui ne sont suivis d’aucune action concrète et efficace.


Comment répondre à ces questionnements populaires légitimes ?


Pour contrer l’hypocrisie et convaincre, un seul remède : joindre l’acte à la parole. Dans les relations avec ses différents partenaires, une entreprise se doit d’être authentique. La rhétorique ne suffit pas, c’est sur le terrain qu’une entreprise sera jugée, sur la base d’actions concrètes et mesurables.


Au-delà de pratiques exemplaires, le public demande aux sociétés d’en faire plus, de devenir elles-mêmes vecteurs de changement et leaders dans l’adoption de stratégies bénéfiques pour tous à long terme. Cette pression sur les entreprises a profondément changé la manière dont les dirigeant·e·s prennent leurs décisions, redonnant un poids et une voix à des acteurs·trices qui n’en avaient plus.


Le rôle des entreprises


Il y a un sens profond derrière la responsabilisation des entreprises : elle démontre le rôle moteur central qu’elles peuvent jouer dans la transformation sociétale. Comme en témoigne le mouvement B Corp, le monde des affaires peut tout à fait guider plutôt que subir les mutations de notre monde. Au lieu de se concentrer uniquement sur la croissance et le profit, les acteurs·trices commerciaux peuvent devenir pionnier·ère·s, inventer et soutenir de nouvelles approches systémiques qui s’inscrivent dans une perspective d’avenir et un respect profond des parties prenantes.


En adoptant volontairement des standards exigeants, et en anticipant les réglementations qui voient le jour chaque semaine, elles anticipent les risques, et pour les opportunités, en rejoignant des initiatives qui font avancer les choses, les compagnies génèrent un bénéfice qui dépasse l’aspect pécuniaire. Elles en obtiennent un retour réputationnel et une amélioration générale des relations avec leurs partenaires, ainsi que la loyauté de leur employé·e·s. Il s’agit d’un investissement sur la qualité et la longévité, d’un pari sur l’avenir qui avantage toutes les parties impliquées.


Les soutenir dans ce rôle


Quel bilan pour 2022 ? Voici en un coup d’œil les leçons principales que nous avons dégagées de nos échanges soutenus avec les membres du SBA2030.


Dans la plupart des compagnies, l’effet le plus visible de ces défis pluridimensionnels a été l’émergence d’une gouvernance qui prenne en compte toutes les parties prenantes, et le renforcement des obligations fiduciaires. Le cahier des charges des conseils d’administration a été adapté pour s’assurer que les prises de décision restent crédibles et robustes, et permettent de s’engager sur le chemin du changement.


Parmi les outils de gouvernance indispensables pour affronter les défis modernes, il faut mettre en avant la capacité d’adaptation, la transparence et l’authenticité. Les règles et stratégies doivent évoluer avec le temps, rester agiles et novatrices pour pouvoir embrasser les nouveaux besoins sociétaux. Il est également primordial de ne pas en rester aux mots, et d’appliquer les principes directeurs concrètement sur le terrain.


Pour créer une approche stratégique de la durabilité qui s’inscrive dans une globalité qui fait sens, et pour en faire une réalité, nous aidons les entreprises à :

  • Déterminer et défendre une stratégie et une planification organisationnelles sur le long terme

  • Aligner leur gouvernance, leurs influences et leurs performances avec leur stratégie ESG

  • Prendre en compte explicitement les intérêts, points de vue et évolutions des différentes parties prenantes

  • S’engager auprès des partenaires externes et collaborer avec eux pour provoquer un impact collectif et répondre aux défis sociétaux et environnementaux

  • Intégrer explicitement les besoins des petites et moyennes entreprises (PMEs) au sein des chaînes d’approvisionnement et des communautés où la société est active

  • Former leur administration et leurs cadres supérieurs aux défis posés par les questions ESG

  • Proposer une direction claire et globale pour leurs efforts et engagements ESG, notamment en mettant un·e haut·e dirigeant·e ou un comité ad hoc en charge de la supervision de l’ensemble de leurs actions

Tous ces éléments permettent de hiérarchiser les priorités stratégiques organisationnelles internes et externes , ainsi que d’harmoniser les démarches et compétences employées à tous les niveaux : risque, conformité, gouvernance, durabilité, relations avec les investisseurs, ressources humaines, affaires gouvernementales et commerciales.


Après les cadeaux de Noël, la nouvelle année


L’un des aspects les plus stimulants de cette année de collaboration avec les entreprises suisses, au-delà de leur envie de participer à la mouvance d’une économie respectueuse et responsable, est le constat du nombre et de l’efficacité des actions qu’elles peuvent entreprendre pour atteindre leurs buts ESG. Le SBA2030 prouve que le tissu économique doit et surtout peut faire partie de la solution !


C’est au moyen d’actions collectives de ce genre que nous pourrons nourrir l’innovation, réussir à la mettre en œuvre, et participer aux tendances qui façonnent l’avenir de l’économie.


Le 17 janvier prochain, à Davos, les grands de ce monde se réunissent pour faire avancer les choses et mettre en œuvre l’Agenda 2030. Et quel meilleur agenda que celui de prendre sa place de pionnier·ère de l’économie responsable, de jouer son rôle de protecteur·trice de l’humanité et de la planète ? Espérons qu’en 2023, il ne restera pas lettre morte.


Pour ceux et celles qui souhaitent rejoindre la dynamique, nous leur donnons rendez-vous à la House of Switzerland le 17 janvier à 9h00, où nous organiserons une session @amplification par les Board pour des actions collectives impactantes, ceci en présence de 80 leaders d’industrie et avec une introduction du Conseiller Fédéral Ignazio Cassis pour ouvrir les discussions et échanges qui s’annoncent passionnants.


Pour plus d'informations, veuillez consulter: https://www.sba2030.ch/davos2023

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